J'ai eu le plaisir d'introduire la journée de présentation de la réforme sur les grades légaux organisée par la Fédération des CPAS de Wallonie à Blegny ce 17 septembre. J'y ai présenté ma vision de cette réforme. Voici ma présentation :
Depuis le 1er septembre 2013, la réforme des grades légaux, qui a fait tant de bruit, a été effectivement appliquée. Je tiens à cet effet à être l’un des premiers à saluer l’ensemble des nouveaux Directeurs généraux et financiers présents dans la salle. Cette réforme a été entamée en 2006 par le Ministre des Affaires intérieures Philippe Courard. La voilà aujourd’hui aboutie avec la pugnacité du Ministre des Pouvoirs locaux Paul Furlan. Saluons le travail accompli par tous. A force de persévérance et de bonne volonté, la preuve est apportée qu’il est possible d’avancer. Remercions également le Ministre qui a bien voulu prendre en considération de nombreuses remarques et avis durant la « longue » période de préparation de ce décret.
Nouveaux grades – Nouvelles fonctions
On le sait désormais, les secrétaires et receveurs sont devenus respectivement "directeur général" et "directeur financier" mais ça ne s’arrête pas là. Cette réforme renforce l’idée qu’il revient aux élus de déterminer les axes politiques et à l’administration de les mettre en œuvre. Il est vrai que l’indépendance du Directeur général et celle du Directeur financier est la meilleure garantie de protection de l’action publique et un gage de saine gestion politique. En cela, la réforme clarifie les rôles respectifs et limite en définitive les empiétements de compétences qui de tous temps sont sources de conflits. Notre Fédération avait insisté pour maintenir une différenciation claire des fonctions de Directeur général et de Directeur financier ; ce qui a été réalisé. En outre, et c'est un aspect non sans importance pour ces derniers, leur responsabilité pécuniaire et patrimoniale personnelle est abandonnée.
De la généralisation de bonnes pratiques déjà existantes
La réforme apporte également un certains nombre de bonnes pratiques, qui sont déjà mises en place dans pas mal de CPAS. Dans un CPAS comme celui Liège, un certain nombre d’éléments de cette réforme ont été mis sur pied depuis un certain temps déjà à la satisfaction de tous : comité de direction depuis 2 ans et demi, plan stratégique depuis 6 mois,… Ce ne sera dès lors pas une grande révolution. Ce sont plutôt les CPAS qui n'ont pas embrayé dans la mécanique de modernisation de gestion qui verront leur pratique quotidienne quelque peu bouleversée par cette réforme. Partout où le triangle président - secrétaire – receveur fonctionnait déjà bien, la réforme n'apportera pas grand changement.
Le Comité de direction
La notion de Comité de direction met en avant les valeurs d’esprit d’équipe, de solidarité et de collégialité. Le Comité de direction a vocation de se concerter sur « toutes les questions relatives à l’organisation et au fonctionnement des services. » : contrat d’objectifs, mobilité du personnel, avant-projets de budget, projets d'organigramme, de cadre organique, de statuts du personnel...
Les réunions conjointes des Comités de direction commune - CPAS
Un autre élément apporté par la réforme est qu'il fixe l'obligation de tenir des réunions conjointes entre les comités de direction des communes et des CPAS au moins 2 fois par an. Nous espérons que ces réunions conjointes permettront que les contacts entre les responsables des administrations des communes et CPAS puissent être facilités, et que, de celles-ci, puissent naître synergies et décloisonnements. Ces rencontres devront à mon sens respecter à la fois l’autonomie des CPAS et à la fois de nouvelles pistes de synergies et d’économies d’échelle car il n’y a pas antagonisme mais complémentarité entre les deux. L’avant-projet du budget Le fait que ce soit le Comité de direction qui réalise l’avant-projet de budget est une réelle avancée car cela permet de réaliser une proposition budgétaire concertée et portée par l’ensemble des services de l’administration sous la coordination du Directeur Général. Concernant la responsabilité des avant-projets de budget ou de modification(s) budgétaire(s), partant du principe que ce qui n’est pas interdit est permis, rien n’empêche les CPAS de confier au Directeur général la réalisation de l’avant-projet de budget en articulation avec le Directeur financier. La formulation précédente de la loi en ce qu’elle confiait explicitement cette mission au Secrétaire avait du sens. Gardons-le.
Le Plan stratégique
Si le Plan Stratégique communal est un outil intéressant, il doit l’être aussi pour les CPAS. En tant que partenaire privilégié de la commune, le CPAS doit être en mesure de construire ses propres objectifs, structurés autour de ses axes politiques, de ses missions particulières et ce en veillant à une certaine articulation, cohérence, complémentarité avec l’action communale. Il faut ne pas perdre de vue que les CPAS sont trop souvent confrontés, en cours d’année, à de nouvelles missions obligatoires, sans prise directe réelle sur ces politiques ni sur les moyens nécessaires. La question de l’adéquation entre objectifs et moyens risque d’être dans ce contexte souvent remise sur la table… Cela ne facilitera pas le respect d’objectifs à atteindre et cela risque de peser lourdement sur les choix managériaux des CPAS. Ne nous trompons pas de responsables de ces transferts de charges (exclusion du chômage, dégressivité des allocations, demandeurs d’asile, etc.) ; ceux-ci sont identifiables et identifiés. Les objectifs qui y seront formulés devront rencontrer les qualités suivantes : Spécifiques, Mesurables, Acceptables et acceptés, Réalistes et réalisables, Temporellement définsi/limités. Le souhait de mettre en cohérence les objectifs politiques et les actions de l’administration doit être salué ; même si l’exercice peut sembler difficile, surtout la première fois.
Le Directeur financier
La volonté du Ministre et du Parlement a été de favoriser le contrôle interne et l’indépendance du Directeur financier. Fort bien : mieux vaut en ces matières prévenir que guérir (et parfois sanctionner). Notre Fédération demandait que son avis de légalité sur les décisions ayant une incidence financière ne concerne pas les décisions d’aide sociale qui ne peuvent souffrir d’aucun retard. En cela, le texte y répond favorablement tant pour les décisions relatives à l’aide sociale que pour les recrutements urgents, ceux liés à des missions spécifiques, les articles 60, etc. Remarquons que le Directeur financier est placé sous l’autorité du Bureau permanent pour ce qui concerne la comptabilité et le compte annuel. Auparavant, la loi précisait que le Receveur exerçait ses fonctions sous l’autorité du Président. Tel n’est plus le cas, renforçant comme annoncé son indépendance.
Le Directeur général
A propos des missions des Directeurs généraux, diverses modifications sont intervenues Pour pouvoir désigner un Directeur général adjoint, le plancher de 60.000 habitants est ramené à 10.000 habitants. Il est vrai que pour certains CPAS, il est concevable d’adjoindre au Directeur général, un collaborateur direct. Cette possibilité est moins compréhensible dans des CPAS dont le volume d’activité est plus réduit. Cela peut occasionner un coût supplémentaire pour les CPAS. S’agissant d’une possibilité, chacun sait ce qu’il a à faire (ou ne pas faire)… Nous pouvons regretter que les textes ne laissent pas la possibilité d’engager un Directeur financier adjoint, au-delà d’une certaine taille de l’institution. Rappelons-nous qu’au début des débats sur cette réforme, il fût question de la mise sur pied d’un régime de mandat pour les grades légaux, qui heureusement n’a pas été retenu. Tant il est vrai que ce régime s’accorde difficilement de l’indispensable indépendance dont doivent bénéficier les hauts responsables des administrations locales.
Le contrat d'objectif
En contrepartie, leurs prestations feront l’objet d’une évaluation régulière qui pourra avoir des conséquences tant positives (bonification financière) que négatives (après deux évaluations défavorables successives, licenciement possible pour inaptitude professionnelle). Cet axe majeur de la réforme a suscité beaucoup de réserves et de questions. Il faut signaler ici que d’aucuns ont manifesté la crainte que cette évaluation ne donne lieu à des « décisions politiques » à leur détriment. Il faut dire, par contre, qu’il n’y avait aucune raison objective pour que cette évaluation ne les concerne pas, une administration de l’importance sociale d’un CPAS ne pouvant se permettre d’avoir des responsables de cette importance qui n’auraient pas (plus) le niveau. Le contrat d'objectifs permettra dès lors de clarifier les tâches dévolues à chacun, tout autant que la mise en pratique de celles-ci, au sein de l'administration et d'identifier les moyens et ressources nécessaires à la réalisation des objectifs politiques définis par le Conseil de l'Action sociale. Sa mise en oeuvre sera l'un des éléments primordiaux de l'évaluation de ce deux « managers » publics que sont directeur général et directeur financier. En sachant que cette réforme globalement est le fruit de nombreux compromis des uns et des autres et que pour longtemps certaines dispositions susciteront des (in)satisfactions selon les parties respectives. Dans cette réforme, la volonté du Ministre a été d’assurer l’égalité des règles entre les provinces, les communes et les CPAS. Les personnes qui travaillent depuis quelques années dans les pouvoirs locaux savent par expérience qu’un Bureau permanent n’est pas un Collège communal et encore moins provincial, et inversement. La préoccupation légitime du Ministre va dès lors donner à certains organes ou acteurs un rôle nouveau complété ou revu. C’est le prix/avantage d’une réforme globale qui se veut équilibrée et égalitaire.
Conclusions
On le constate, cette réforme contient beaucoup d’éléments nouveaux. Quoique, nombre d’entre eux sont déjà depuis un temps certain mis en œuvre dans des CPAS plus avant-gardistes. Globalement, il est clair que ce texte et ses arrêtés d’exécution vont demander à l’ensemble des acteurs de revoir leurs habitudes, d’intégrer dans leur organisation et leur fonctionnement ces nouveautés, de veiller à ce que la résistance au changement ne soit plus que théorique. Certes, comme toute nouveauté, cette réforme devra « faire sa maladie ». Si l’ensemble des acteurs accueille ses changements de manière constructive, l’institution en sera gagnante, plus encore le citoyen qui la fréquente. La réforme tente donc, avec raison me semble-t-il, d'insister sur le savoir être et le savoir-faire ensemble » des responsables des administrations locales. Nous verrons à l'usage dans quelle mesure une réglementation peut faciliter la transversalité, la collégialité et la concertation entre ceux-ci.
Claude EMONTS.
Bienvenue sur mon blog !
Au quotidien, je vous ferai part de mes réactions, de mes actualités, de mes photos, ...
A force de trop parler de crise, d'équilibre budgétaire et d'économies, on risque d'oublier les valeurs qui sous-tendent, tant nos ayants droits, que nos travailleurs ou nos décideurs politiques. Bref ne met-on pas en péril tout notre modèle de société? Mais c'est peut-être le but de certains.
mardi 17 septembre 2013
mercredi 14 août 2013
2% d'augmentation du Revenu d'Intégration: satisfait Monsieur le Président ?*
Mesdames, Messieurs,
Si je ne peux que me réjouir d'une augmentation du RIS qui viendra (bien timidement, ceci dit) à juste titre aider quelque peu les bénéficiaires du Revenu d'Intégration et de l'Aide Sociale, je me dois à nouveau, et sans plaisir, de redire encore et toujours que si cette mesure - comme tant d'autres - n'est pas un anneau d'une chaîne plus vaste qui prend en compte la GLOBALITE du problème, nous ne faisons qu'aggraver la situation.
En effet, comme tout observateur un tant soit peu informé le sait, le Revenu d'Intégration est d'une part un droit pour toute personne étant dans les conditions pour le recevoir, et il est d'autre part une mission fédérale déléguée aux communes, via leur CPAS.
Mais au début était la faute... En effet, obligés de donner cette aide (et c'est heureux) les CPAS ne sont remboursés qu'en partie des sommes qu'ils DOIVENT débourser. Selon sa taille et le nombre de dossier traités, le CPAS se verra rembourser entre 50 et 35% de ces sommes... Multiplié par le nombre total de revenus d'intégration à attribuer et par le nombre de mois concernés, cette différence devient un gouffre...
C'est alors que l'on accusera les CPAS de gestion approximative. Dans le cas qui nous occupe, ces 2% peuvent sembler dérisoires dans un budget de CPAS, mais ils viennent agrandir le caillou dans la chaussure.
Quand pourrons-nous donc espérer que nos dirigeants prennent, enfin, le problème à bras le corps, et non en ne considérant que des morceaux de celui-ci ? Il y va de la santé de nos communes et de leurs personnels; et au delà de celle des plus démunis de nos citoyens... et de leurs enfants.
Claude EMONTS
Président de la Fédération des CPAS de Wallonie.
* Réaction au communiqué de presse de Mme Maggie DE BLOCK : Par Sarah Delafortrie, Christophe Springael Publié le 18/07/2013 Appartient au Conseil des ministres du 19 juillet 2013 Sur proposition de la secrétaire d'Etat à l'Intégration sociale et à la Lutte contre la pauvreté Maggie De Block, le Conseil des ministres a approuvé un projet d'arrêté royal qui vise à majorer de 2 % les montants de base du revenu d'intégration à partir du 1er septembre 2013. Le projet exécute la loi du 23 décembre 2005 relative au pacte de solidarité entre les générations et met en oeuvre l'avis des partenaires sociaux quant à la liaison au bien-être des allocations d'assistance sociale 2013-2014. Le projet est transmis pour avis au Conseil d'Etat Projet d'arrêté royal modifiant l'arrêté royal du 3 septembre 2004 visant l'augmentation des montants du revenu d'intégration
mardi 6 août 2013
Les CPAS wallons demandent que les jeunes qu’ils accompagnent bénéficient des mêmes droits que tous les jeunes chômeurs
Lettre ouverte :
- À Madame Monica De Coninck, Ministre fédérale de l’emploi
- A Monsieur André Antoine, Ministre wallon de l’emploi
- CC. à Monsieur Elio Di Rupo, Premier ministre
- CC. À Monsieur Rudy Demotte, Ministre-président wallon
- CC. A Madame Marie-Kristine Vanbockestal, administratrice générale du FOREM - CC. À la presse nationale et régionale
Les CPAS wallons demandent que les jeunes qu’ils accompagnent bénéficient des mêmes droits que tous les jeunes chômeurs Nous avons appris, il y a quelques jours, que le Gouvernement Wallon, par l’intermédiaire de son Ministre de l’Emploi, se félicitait de l’adoption en 3ème lecture d’un projet d’arrêté permettant la mise en place de stages de transition pour près de 4.000 jeunes chômeurs.
Si les CPAS saluent l'arrêté du ministre régional de l'emploi qui active ainsi des moyens fédéraux pour permettre à des jeunes de bénéficier d'un stage, ils regrettent néanmoins que lors de la conception de cette mesure, le gouvernement fédéral par sa ministre de l'emploi Madame De Coninck, ait restreint son application et oublié les jeunes bénéficiaires des CPAS.
En effet, si l’initiative apparait positive au vu des difficultés bien connues rencontrées par les jeunes sur le marché de l’emploi, dans les CPAS on n’a pas pu fêter cette annonce puisque si nos informations sont correctes, ce dispositif ne concerne pas tous les jeunes demandeurs d’emploi mais uniquement ceux qui sont en stage d’insertion et qui disposent au maximum d’un certificat de l’enseignement secondaire supérieur. C’est dès lors oublier les milliers de jeunes de moins de 25 ans qui bénéficient d’un revenu d’intégration mais qui ne sont pas dans les conditions pour accéder au stage d’insertion. Une fois de plus, le jeune public bénéficiaire du revenu d’intégration sera exclu de cet avantage.
Remarquez, c’est loin d’être la première fois … Tout récemment, au niveau fédéral, une extension des avantages liés au Plan Activa a également exclu les jeunes bénéficiaires du CPAS pour ne viser que les chômeurs. Un exemple parmi d’autres, bien trop nombreux. Et c’est le gouvernement fédéral qui ici aussi a fixé les conditions d’accès au stage de transition, le gouvernement wallon ne faisant que reprendre celles-ci dans son arrêté.
Loin de nous l’idée de vouloir opposer ces jeunes qui s’ils ont des statuts différents, sont bien confrontés aux mêmes difficultés : pas d’emploi pour tout le monde, des emplois précaires, des temps partiels,…
Au contraire, nous souhaiterions que chaque jeune (et moins jeune aussi) soit traité sur le même pied, qu’il ait accès aux mêmes aides. Cette demande nous semble rudimentaire dans une société qui comme la nôtre défend l’égalité des chances. Bien qu’elle l’ignore trop souvent.
Le paradoxe c’est que dans le même temps, les attentes à l’encontre des CPAS sont gigantesques, et parfois irréalistes. Tenez, pas plus tard que samedi, on pouvait lire dans la presse les propos de Bart Weyts (N-VA) qui réactivait cette idée largement répandue d’un CPAS-mister cash, irresponsable et passif et d’un bénéficiaire fainéant et inadapté. Ben voyons !
Devons-nous rappeler que les CPAS wallons, en 2012, ont remis 9.285 personnes au travail, ont aidés 7.119 étudiants, ont permis à 4.056 personnes de suivre une formation. Au total c’est plus de 20.000 personnes qui ont pu bénéficier d’une forme d’insertion active, soit près de 40% du public des CPAS . La réalité est bien loin de l’image négative véhiculée par certains.
Les CPAS naviguent donc à vue entre :
- l’injonction qui leur est faite de remettre plus à l’emploi, de diminuer leur nombre de bénéficiaires
- Des mesures qui devraient pouvoir les aider mais qui trop systématiquement ne sont pas destinées à leur public.
Quelle situation schizophrénique que d’assister à la fois à un transfert de charges vers les CPAS et dans le même temps à une privation des moyens qui pourraient les aider à s’acquitter de ces charges !
Dans une société à conception dyade basée sur les droits et les devoirs : pourquoi les CPAS et à travers eux, leur public, devraient-ils avoir les devoirs et pas les droits correspondants ?
Mesdames et Messieurs les Ministres, que vous œuvriez aux niveaux régional ou fédéral, nous le demandons avec insistance : le public de nos CPAS doit être assimilé dans tout dispositif qui permettrait d’aider à l’insertion des publics fragilisés. Ce jour-là nous fêterons, avec d’autres, les bonnes nouvelles !
Au nom de la Fédération des CPAS wallons
Claude EMONTS, président
Nathalie DEMORTIER, Anne VAN DER ELST, Philippe DEFEYT, vice-présidents
- À Madame Monica De Coninck, Ministre fédérale de l’emploi
- A Monsieur André Antoine, Ministre wallon de l’emploi
- CC. à Monsieur Elio Di Rupo, Premier ministre
- CC. À Monsieur Rudy Demotte, Ministre-président wallon
- CC. A Madame Marie-Kristine Vanbockestal, administratrice générale du FOREM - CC. À la presse nationale et régionale
Les CPAS wallons demandent que les jeunes qu’ils accompagnent bénéficient des mêmes droits que tous les jeunes chômeurs Nous avons appris, il y a quelques jours, que le Gouvernement Wallon, par l’intermédiaire de son Ministre de l’Emploi, se félicitait de l’adoption en 3ème lecture d’un projet d’arrêté permettant la mise en place de stages de transition pour près de 4.000 jeunes chômeurs.
Si les CPAS saluent l'arrêté du ministre régional de l'emploi qui active ainsi des moyens fédéraux pour permettre à des jeunes de bénéficier d'un stage, ils regrettent néanmoins que lors de la conception de cette mesure, le gouvernement fédéral par sa ministre de l'emploi Madame De Coninck, ait restreint son application et oublié les jeunes bénéficiaires des CPAS.
En effet, si l’initiative apparait positive au vu des difficultés bien connues rencontrées par les jeunes sur le marché de l’emploi, dans les CPAS on n’a pas pu fêter cette annonce puisque si nos informations sont correctes, ce dispositif ne concerne pas tous les jeunes demandeurs d’emploi mais uniquement ceux qui sont en stage d’insertion et qui disposent au maximum d’un certificat de l’enseignement secondaire supérieur. C’est dès lors oublier les milliers de jeunes de moins de 25 ans qui bénéficient d’un revenu d’intégration mais qui ne sont pas dans les conditions pour accéder au stage d’insertion. Une fois de plus, le jeune public bénéficiaire du revenu d’intégration sera exclu de cet avantage.
Remarquez, c’est loin d’être la première fois … Tout récemment, au niveau fédéral, une extension des avantages liés au Plan Activa a également exclu les jeunes bénéficiaires du CPAS pour ne viser que les chômeurs. Un exemple parmi d’autres, bien trop nombreux. Et c’est le gouvernement fédéral qui ici aussi a fixé les conditions d’accès au stage de transition, le gouvernement wallon ne faisant que reprendre celles-ci dans son arrêté.
Loin de nous l’idée de vouloir opposer ces jeunes qui s’ils ont des statuts différents, sont bien confrontés aux mêmes difficultés : pas d’emploi pour tout le monde, des emplois précaires, des temps partiels,…
Au contraire, nous souhaiterions que chaque jeune (et moins jeune aussi) soit traité sur le même pied, qu’il ait accès aux mêmes aides. Cette demande nous semble rudimentaire dans une société qui comme la nôtre défend l’égalité des chances. Bien qu’elle l’ignore trop souvent.
Le paradoxe c’est que dans le même temps, les attentes à l’encontre des CPAS sont gigantesques, et parfois irréalistes. Tenez, pas plus tard que samedi, on pouvait lire dans la presse les propos de Bart Weyts (N-VA) qui réactivait cette idée largement répandue d’un CPAS-mister cash, irresponsable et passif et d’un bénéficiaire fainéant et inadapté. Ben voyons !
Devons-nous rappeler que les CPAS wallons, en 2012, ont remis 9.285 personnes au travail, ont aidés 7.119 étudiants, ont permis à 4.056 personnes de suivre une formation. Au total c’est plus de 20.000 personnes qui ont pu bénéficier d’une forme d’insertion active, soit près de 40% du public des CPAS . La réalité est bien loin de l’image négative véhiculée par certains.
Les CPAS naviguent donc à vue entre :
- l’injonction qui leur est faite de remettre plus à l’emploi, de diminuer leur nombre de bénéficiaires
- Des mesures qui devraient pouvoir les aider mais qui trop systématiquement ne sont pas destinées à leur public.
Quelle situation schizophrénique que d’assister à la fois à un transfert de charges vers les CPAS et dans le même temps à une privation des moyens qui pourraient les aider à s’acquitter de ces charges !
Dans une société à conception dyade basée sur les droits et les devoirs : pourquoi les CPAS et à travers eux, leur public, devraient-ils avoir les devoirs et pas les droits correspondants ?
Mesdames et Messieurs les Ministres, que vous œuvriez aux niveaux régional ou fédéral, nous le demandons avec insistance : le public de nos CPAS doit être assimilé dans tout dispositif qui permettrait d’aider à l’insertion des publics fragilisés. Ce jour-là nous fêterons, avec d’autres, les bonnes nouvelles !
Au nom de la Fédération des CPAS wallons
Claude EMONTS, président
Nathalie DEMORTIER, Anne VAN DER ELST, Philippe DEFEYT, vice-présidents
lundi 29 juillet 2013
Monsieur WUYTS, je suis fatigué !
Objet : Réplique aux propos de Ben Weyts
sur la politique d’activation des bénéficiaires du RIS en Wallonie[1]
« Monsieur WUYTS, je suis fatigué ! »
Depuis de nombreux mois, nous entendons parler de réformes de l’Etat et de transferts de compétences.
De temps à autre, un article vient alimenter le débat sur la pauvreté, parfois même écrit par des gens qui connaissent la pauvreté, pour la côtoyer, la combattre ou encore pour en être victimes…
Mais aussi, beaucoup plus souvent, pour critiquer les politiques qui sont menées en Wallonie et en accabler surtout le parti auquel j’appartiens : le PS. Qui, bien sûr, gouverne seul.
Il n’est bien sûr pas question ici de bénir tel acteur (pour un laïque, ce serait d’ailleurs assez bizarre…), ni d’exonérer tel ou tel parti ou intervenant de toute erreur ou manquements éventuels.
Mais que de contrevérités ne suis-je pas obligé d’entendre de la part de personnes qui n’ont jamais vu un CPAS qu’au travers des articles de presse, et ne se sont jamais donné la peine de descendre, fut-ce pour s’en donner l’illusion, dans l’arène…
Cette réflexion est vraie, tant pour beaucoup de politiques fédéraux, que pour leurs collègues régionaux et, j’ose le dire, pour une majorité de communaux.
Règne en matière de CPAS, une vaste méconnaissance et, comment ne pas aller jusqu’à dire, de nombreux fantasmes.
Ainsi les CPAS seraient des dépensiers irresponsables qui mettraient en péril les finances communales et, au-delà, celles de l’Etat lui-même. Ils jouiraient de leur autonomie pour gaspiller le bien commun sans contrôle. Et c’est l’horreur suprême, quand un Ministre Wallon veut alléger cette tutelle (le contrôle) de la commune sur le CPAS, qui alourdit inutilement le travail et empêche les agents de faire autre chose.
S’élève alors violemment le bruit des coulisses…
Et pourtant, il y en a des choses à voir dans les CPAS. Au premier coup d’œil, entrant dans la salle d’attente du bâtiment central, c’est une impression de cour des miracles qui prévaut… Et si la presse intervient, le plus souvent d’ailleurs elle s’arrête au célèbre marronnier.
Mais les CPAS sont en fait des acteurs largement de l’ombre, qui accomplissent un travail gigantesque de lutte contre cette pauvreté qui nous colle à la peau, et rares sont les moments où ce travail est reconnu. Car la pauvreté, la vraie, ne fait guère de bruit et est parfaitement invisible, comme l’est souvent le CPAS lui-même d’ailleurs
Car, même dans les cérémonies officielles (et c’est loin d’être le plus important), ils ne sont jamais cités, oubliés qu’ils sont sur leur île. Pendant que l’énergie, la médiation de dette, la pauvreté infantile, l’absence de travail, la maladie mentale, l’illettrisme, la mendicité, la honte, remplissent nos journées et envahissent nos âmes.
Mais oubliés, ils le sont aussi lorsque s’écrivent les plus belles pages de la réforme de l’Etat. Déjà, on avait littéralement refilé les exclus et les sanctionnés du chômage aux CPAS dans un geste magique ou l’entourloupe majeure était la non correspondance des budgets transférés et des sommes futures à dépenser, rendues pourtant inévitables par le fait même de ces transferts.
Et voici que soudain s’abat sur nous une autre suspicion, plus lourde encore : nous ne serions pas efficaces dans notre politique d’activation, Monsieur Weyts.
Que l’on nous comprenne bien : si par inefficace, « on » veut dire que nous n’excluons pas à tour de bras les gens qui ne trouvent pas de travail parce qu’il n’y en a pas, alors nous oui, nous sommes inefficaces ET d’ailleurs socialistes. Pour l’anecdote, puis-je vous rappeler que de nombreux CPAS wallons sont gérés par d’autres partis que le PS ?
Que l’on nous comprenne bien : si par inefficace, « on » veut dire que nous n’excluons pas à tour de bras les gens qui ne trouvent pas de travail parce qu’il n’y en a pas, alors nous oui, nous sommes inefficaces ET d’ailleurs socialistes. Pour l’anecdote, puis-je vous rappeler que de nombreux CPAS wallons sont gérés par d’autres partis que le PS ?
Pour le reste, que l’on vienne voir comment nous travaillons. Remettre au travail, passe d’abord par un budget. Autrefois, on disait « Pas d’argent, pas de Suisses ». Aujourd’hui, on dit « Pas de bras, pas de chocolat ». ET au CPAS, on dit hélas « à budget limité , réinsertion limitée ».
Car de quoi un président se désole-t-il le plus ? De voir devant lui une personne désespérée, parfois en larmes, demander du travail en s’entendant dire « Vous savez, mon budget est épuisé ».
Or, et seulement à Liège, nous réinsérons plus de 500 personnes par an, tout en ayant des files de milliers d’autres qui attendent ou qui se forment en espérant que….
En espérant que l’insertion des plus éloignés de l’emploi soit prise en compte BUDGETAIREMENT, notamment par tous ceux qui parlent sans rien faire ou en regardant ailleurs.
Voilà pourquoi, au crépuscule de mon parcours politique, je suis fatigué d’entendre des choses qui ne correspondent à rien, ou à pas grand-chose c'est-à-dire des arguties politiciennes. Je suis las d’entendre des bruits qui disent que la réinsertion des plus démunis passerait peut-être bientôt des CPAS au FOREM (qui fait certes très bien son boulot, mais ne possède pas le savoir-faire spécifique pour ce type de public), d’entendre parler de synergies, voire de fusion avec les communes, sans que pas grand monde ne semble prendre en compte ce que nous faisons aujourd’hui et qui est une réelle plus-value dans une société solidaire.
Mais… Sommes-nous encore dans une société solidaire ? Oui bien sûr, à ce jour. Mais si certains réussissent à mettre en pratiques leurs idées « révolutionnaires, séparatrices et ultra-libérales », je crains que le cauchemar que j’ai fait récemment, où le gouvernement belge faisait fi de cette si précieuse solidarité et n’en gardait que le mot, pour nous voir glisser vers une réalité à la « Detroit », avec ses quartiers abandonnés, ses délinquants sans contrôle, son égoïsme ulcérant vis-à-vis des plus faibles, des malades, des handicapés, des gens de couleur et même des anciens sans fortune ??? Je crains alors que ce cauchemar ne devienne, lentement, imperceptiblement, notre réalité. En fait, la Grèce n’est pas si loin.
Oui, je suis fatigué de crier dans le désert, d’avoir l’impression de dire sans cesse la même chose : « Attention, demain la rue peut aussi dire « non », comme le chante si bien le groupe Eiffel.
Claude EMONTS
Président du CPAS de Liège
Président du CPAS de Liège
Juillet 2013.
Nota bene : Hier, Monsieur Weyts affirmait, je cite : « Le PS fait en sorte que les bénéficiaires du revenu minimum obtiennent leur argent tant qu'ils continuent à voter rouge. Après, on les laisse livrés à leur sort. ». Cela voudrait dire que dans les CPAS wallons dans lesquels le PS est dans la majorité connaissent immanquablement une augmentation phénoménale du nombre de dossiers de RIS et mènent un médiocre travail d’insertion.
Voici les chiffres de Liège concernant les mêmes années que celles prises en considération par M. Weyts, à savoir de 2008 à 2011 :
- Nombre de RIS : 6798 en 2008 pour 6931 en 2011, soit une croissance limitée à 1,95 %, ce qui correspond à l’augmentation de 2% de la population globale de Liège, sur la même période ;
- Nombre de RIS pour la tranche 18-24 ans : 2922 en 2008 pour 2676 en 2011, soit une diminution de 246 unités, soit 8.4% de diminution.
- Nombre de mises à l’emploi : 738 en 2008 pour 878 en 2011, soit une augmentation de 19%.
Pauvre Monsieur Weyts.
[1] http://www.levif.be/info/actualite/belgique/ben-weyts-la-wallonie-subit-les-consequences-de-l-irresponsabilite-du-ps/article-4000361401002.htm; http://www.nieuwsblad.be/article/detail.aspx?articleid=dmf20130728_00673099; http://www.lesoir.be/289599/article/actualite/belgique/politiclub/2013-07-28/majorite-des-beneficiaires-du-revenu-d-integration-sociale-vit-en-wallon.
jeudi 20 juin 2013
Qui paiera nos pensions?
Hier, j'ai dénoncé avec le Président de l'Union des Villes et Communes de Wallonie, Jacques GOBERT, la situation tout à fait schizophrénique dans laquelle se trouvent les communes et les CPAS à qui l'on dit, à la fois:
- que la nomination est la règle
- mais qu'ils doivent parallèlement s'astreindre à une discipline rigoureuse en matière d'économies en matière de personnel.
Claude
Voir : http://www.lavenir.net/article/detail.aspx?articleid=DMF20130620_00326107
- que la nomination est la règle
- mais qu'ils doivent parallèlement s'astreindre à une discipline rigoureuse en matière d'économies en matière de personnel.
Claude
Voir : http://www.lavenir.net/article/detail.aspx?articleid=DMF20130620_00326107
vendredi 7 juin 2013
Je suis un citoyen engagé !
Comme de nombreux camarades, je participe au mouvement de construction participative impulsée par le Président Magnette.
Je vous invite à prendre connaissance de mon intervention dans ce cadre, ... ainsi que de nombreuses autres toutes plus intéressantes les unes que les autres.
http://www.citoyensengages.be/Questions/Comment-relancer-l-ascenseur-social/Contexte.aspx?ThID=23
Claude.
Je vous invite à prendre connaissance de mon intervention dans ce cadre, ... ainsi que de nombreuses autres toutes plus intéressantes les unes que les autres.
http://www.citoyensengages.be/Questions/Comment-relancer-l-ascenseur-social/Contexte.aspx?ThID=23
Claude.
vendredi 22 mars 2013
Les CPAS wallons ne veulent plus être pressés comme des citrons!
http://www.uvcw.be/actualites/2,129,1,0,4627.htm
Voilà le coup de gueule exprimé ce matin du 22 mars par les 262 CPAS wallons réunis en Assemblée générale à Namur. En offrant un citron à chaque participant, la Fédération des CPAS n'entendait pas distribuer des vitamines au sortir d'un long hiver, mais a voulu montrer qu’il n’est plus acceptable que les CPAS soient au cœur de multiples pressions dans le "mixer" institutionnel belge.
L’augmentation de la pauvreté et de la précarisation, l’effritement de la protection sociale qui ramène des publics vers les CPAS, les décisions non assumées que prend le gouvernement fédéral, l’inertie « complice » de l'autorité régionale qui ne réclame pas au Fédéral les moyens adaptés aux mesures prises, l’épuisement du personnel saturé, les communes qui -elle-même pressées- en viennent à considérer les CPAS comme une charge plutôt qu'un instrument social, …la coupe est pleine et le breuvage est amer pour les conseillers et présidents de CPAS, qui font la grimace.
Bref, les CPAS, les communes et l’ensemble des secteurs sociaux ne peuvent plus avaler ces politiques de très court terme, sans réflexion globale, sans mise en perspective, sans ambition de cohésion globale.
Loin de tout corporatisme, la Fédération des CPAS wallons rappelle qu’elle ne peut accepter la pauvreté sous toutes ses formes et qu’à travers cette "action citrons", c’est sa volonté de défendre les plus fragiles d’entre nous qu’elle réaffirme !
La Fédération revendique :
- Que les gouvernements, fédéral, régional et communautaire aient une réflexion globale sur la politique sociale;
- Que ces gouvernements ne prennent plus aucune décision ayant des conséquences sur les pouvoirs locaux sans concertation préalable avec les CPAS et sans leur donner les moyens suffisants ;
- Que les autorités communales, régionales et fédérales considèrent l’action sociale comme une priorité de leur politique.
Cette Assemblée générale fut également l’occasion, pour les CPAS wallons de désigner leurs représentants aux organes de la Fédération (Bureau et Comité directeur). Claude EMONTS, Président du CPAS de Liège, a ainsi été réinstallé à la Présidence de la Fédération des CPAS. Il sera secondé par 3 Vice-Présidents: Nathalie DEMORTIER, présidente du CPAS de WAVRE, Anne VAN DER ELST, Présidente du CPAS de Perwez et Philippe DEFEYT, Président du CPAS de Namur.
Le Directeur général, a fait rapport de l’activité de la Fédération des CPAS en 2012, pointant les défis que devront relever les CPAS lors de la mandature 2013-2018 pour faire de leur slogan une réalité : La Dignité au Cœur de la Cité.
L’assemblée générale s’est clôturée par un colloque intitulé « Les CPAS acteurs de la lutte contre la pauvreté: réalité ou chimère ». A cette occasion, le professeur LAHAYE de l’Université de Mons et Ricardo CHERENTI, conseiller expert à la Fédération des CPAS, se sont interrogés quant à la capacité réelle des CPAS de lutter contre la pauvreté, concluant qu’au mieux, les CPAS ne peuvent que la réguler en maintenant une certaine paix sociale locale.
Et de conclure que l’investissement dans l’humain est synonyme de développement sociétal durable. Et pour cela, la politique sociale est une responsabilité à tous les niveaux de pouvoir … c’est une question de choix de société !
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